Quand la tristesse frappe à la porte, parfois la seule façon de se sentir mieux est d’essayer de rendre quelqu’un d’autre heureux. C’est précisément la philosophie qui inspire la décoration de Noël d’une Italienne installée en Andorre, qui, année après année, transforme sa maison en un monde magique.
Pasqualina Gaultier est originaire de Calabre, dans le sud de l’Italie. Pendant des années, elle a organisé de nombreuses fêtes, des défilés de mode et des concours de beauté. Pourtant, elle a toujours préféré travailler en coulisse, en s’occupant elle-même de chaque détail de la décoration.
Sa mission : offrir du bonheur à tout le monde, même si sa propre vie n’a pas toujours été facile. Peut-être que l’amour avec lequel on se consacre à rendre les autres heureux est, au fond, la meilleure thérapie pour apaiser nos propres blessures ?
Cette année, sa décoration de Noël a connu une transformation notable et s’est considérablement agrandie. De nombreux éléments extérieurs ont été ajoutés, qui n’étaient pas présents l’an dernier. La crèche de cette année repose sur un concept totalement nouveau. Pourriez-vous nous raconter l’histoire qui se cache derrière ?
Cette année, je voulais créer quelque chose de véritablement exceptionnel, parce que ça a été une année hors du commun… pas dans le sens de la chance, bien au contraire. Je l’ai fait pour tous ceux qui aiment Noël, pour tous ceux qui viennent contempler ce décor. C’est un espace féerique, magique, qui offre surtout des rêves et des merveilles à ceux qui s’y plongent.
Ce qui est important, c’est que je ne fais jamais de croquis : tout est dans ma tête. Je place des boîtes et des cartons, puis le papier, et petit à petit je commence à donner forme à la structure.
En novembre, mon petit-fils est né. Nous sommes allés en Italie et je l’ai tenu dans mes bras. Je le regardais en silence, et c’était comme s’il me parlait sans mots, comme s’il essayait de me transmettre quelque chose. À ce moment-là, je me suis connectée à lui d’une manière profonde et unique. C’était un sentiment très fort, si intense qu’on aurait dit que nous ne faisions qu’un, capables de nous comprendre parfaitement sans avoir besoin de parler.
On pourrait donc dire que les inspirations de cette année sont nées de ce message d’amour avec votre petit-fils ?
Oui, j’ai été inspirée par l’amour, mais aussi par la maladie de mon mari. C’est un mélange : l’amour pour la nouvelle génération, pour mon petit-fils, cette connexion, et aussi la souffrance. La base, en réalité, c’est toujours le mot amour. Mais c’est un amour avec deux racines : l’épreuve que j’ai vécue avec l’AVC de mon mari, qui m’a fait beaucoup souffrir, et lui encore plus que moi, évidemment, et ensuite l’amour pour mon petit-fils.
Pourriez-vous rappeler à nos lecteurs ce que vous faisiez avant ? Qu’est-ce qui remplissait vos journées et votre cœur, ces choses qui font sourire et procurent de la joie ?
Je travaillais dans l’événementiel. J’avais un parc de 5 000 m², et nous étions tout un groupe. C’était un parc que la mairie m’avait confié en gestion, et nous organisions des anniversaires, des fêtes et divers événements. Il y avait des enfants avec moi en permanence ; quand je les ai pris en charge, ils étaient petits, et ils ont grandi avec moi et avec mon fils. Nous avons gagné des prix, nous organisions le carnaval, des crèches vivantes… C’était un village de 5 000 habitants, et je vivais immergée dans cette vie. Nous avons aussi organisé Miss Calabre pour Miss Italie. J’ai toujours été entourée de cet univers vibrant et festif.
Mais il y a une chose : j’aime tout faire seule. Je ne voulais personne à mes côtés. Ce besoin de m’exprimer… même maintenant, même ici, j’ai besoin de le faire seule.
Donc, exprimer vos émotions à travers la décoration est quelque chose d’intime, qui fait partie de votre essence et de votre manière de communiquer ?
Oui, depuis que je suis petite, j’ai toujours fait ça.
Et qu’est-ce qui a éveillé ce besoin de vous exprimer par la décoration ? Y a-t-il un souvenir, un événement de votre enfance, une figure… qui l’aurait déclenché ?
Non, non. Je sais que mon père faisait beaucoup de choses avec ses mains, mais ensuite, je suis née comme ça, je crois. Enfant, je m’imaginais beaucoup de choses. Dans ma tête, je me créais une autre vie, une vie qui n’était pas la mienne.
Donc, vous vous échappiez d’une vie qui était très difficile et vous la sublimiez? Cette idée de sublimer la souffrance à travers des mises en scène et des décors était déjà, en quelque sorte, une façon d’échapper à votre propre douleur d’enfant ?
Exactement.
Au fond, votre décoration est, chaque fois, une sorte de résumé de votre vie, n’est-ce pas ? Une expression de votre âme…
Peut-être, inconsciemment.
Et cette collection que nous voyons aujourd’hui, j’imagine que vous l’avez constituée au fil des années. Y a-t-il des pièces auxquelles vous tenez particulièrement ?
Oui, bien sûr qu’il y a de petites choses que j’aime plus que d’autres : mes fées. Quand j’ai perdu mon premier mari, j’ai créé toute une collection de fées. Ce que je vais dire peut paraître étrange — après tout, ce ne sont que des figurines, — mais elles m’ont beaucoup aidée.
Elles m’ont aidée parce que vivre ce que j’ai vécu a été très dur, pour moi comme pour mon fils. Le monde des fées me permettait, comment dire… d’oublier le malheur, la malchance, les pleurs, d’oublier tout cela. Il me transportait dans un monde magique.
Et pour les personnes qui n’ont pas envie de faire un sapin de Noël, que pourriez-vous leur dire pour les motiver ?
Pour encourager quelqu’un à faire un sapin de Noël, je l’invite à venir ici, à regarder les personnages, à s’attarder sur chaque détail, sur tous les décors… et à se poser la question : “Pourquoi ne pas faire mon propre sapin moi aussi ? Après tout, j’ai bien le droit d’avoir un peu de joie chez moi, un peu de lumière.” Parce qu’un sapin de Noël apporte de la lumière, de l’espoir et un peu de magie à la maison.
Votre maison est-elle ouverte à tous ?
Oui, elle est ouverte à tous et l’entrée est gratuite. Parce que tout ce qui vient du cœur n’a pas de prix.
Quel mot magique voudriez-vous transmettre à tout le monde ?
Pour l’année prochaine, je souhaite avant tout aux enfants une bonne santé, qu’ils puissent réaliser leurs rêves. Et aux parents, je souhaite de donner de l’espoir à leurs enfants, de leur faire comprendre que la vie est dure, mais qu’on peut malgré tout préserver un peu de magie, oui, c’est le mot, parce que les enfants ont besoin de magie.
Noël doit être magique, pour que les enfants puissent se dire : “Je peux y arriver, si je fais des efforts, je peux réussir.”
Et, par tradition, je vous demande : quels sont vos projets pour le prochain Noël ?
Pour le prochain Noël, j’aimerais amener ce que j’ai l’habitude de faire chez moi dans un espace plus grand, où tout le monde pourrait venir et en profiter. Un endroit où même ceux qui n’ont pas de voiture pourraient venir découvrir tout cela, et se dire : “Ah, ça vaut la peine d’y aller, il y a quelque chose de vraiment spécial.”





