Nous arrivons également à un carrefour entre vintage et technologie, croit François Fauré, photographe professionnel

François Fauré, photographe professionnel, parle des nouvelles tendances de la photographie dans l’industrie de la mode et répond à la question de savoir comment l’IA a influencé la photographie de mode et le papier glacé:

“Depuis le début de ma carrière en tant que photographe, je me suis concentré sur les modèles pour créer ou mettre à jour leurs portfolios. Il était donc naturel de collaborer avec des professionnels de la mode dans des domaines tels que le prêt-à-porter, la lingerie ou la coiffure.

Depuis lors, ils me confient la création de leurs visuels pour leurs nouvelles collections, la production de contenu pour les réseaux sociaux, ainsi que la couverture de défilés ou d’événements. Basé à Toulouse, cela m’a permis de voyager et d’avoir des opportunités un peu partout en France, jusqu’à Barcelone… et pourquoi pas Andorre en 2025 ? Toulouse n’est pas si éloigné !

Mon travail a toujours été axé sur les femmes, cherchant à mettre en valeur leur féminité.

En plus de travailler avec des mannequins et des professionnels, je collabore également avec « Madame Tout le Monde » pour l’aider à réaliser des photos plus sensuelles, avec l’objectif de montrer à chaque femme, quelle que soit sa morphologie ou son histoire personnelle, qu’elle est belle, et c’est ce que j’essaie de révéler à travers chaque photo tout en lui en faisant prendre conscience.

De plus, depuis 2021, j’ai rejoint l’équipe des jurés du concours international Top Model Europe (pour la région Sud-Ouest), ce qui m’a incité à lancer en 2024 des initiatives de coaching pour aider les modèles à se développer et leur fournir des outils pour progresser, avec mon regard de photographe. En lien avec cette démarche de coaching, j’ai également lancé cette année des ateliers destinés aux photographes.
Cela représente beaucoup de choses, mais j’essaie de diversifier mes activités tout en restant plus ou moins dans l’univers de la mode, bien que je reçoive également des demandes d’autres professionnels, notamment dans la restauration et d’autres secteurs.

Je ne sais pas vraiment si j’ai un style bien défini, je ne me suis jamais posé la question à vrai dire. J’éprouve une forte attirance pour le noir et blanc, sans traitement particulier, avec une retouche minimale, en cherchant à réaliser la photo “parfaite” lors de la prise de vue. Comme le disait Peter Lindbergh, “si l’on retouche trop, on efface toute la vie. Ce n’est plus de la photographie, c’est de la chirurgie esthétique”. J’essaie d’ailleurs de m’inspirer (toute proportion gardée) de son œuvre : sa façon de mettre la Femme au centre de son travail, de la mettre en valeur de manière la plus naturelle possible, son approche du noir et blanc…

Lorsque je me suis vraiment immergé dans son univers, j’ai pensé “oui, c’est exactement ma vision de la photographie”. Je souhaite aussi que mes images soient un véritable reflet de la personne que je photographie et qu’on puisse lui dire “tu es belle sur la photo” parce que c’est elle dans sa forme la plus naturelle, et non une version excessivement retouchée qui ne représenterait pas la même personne que celle qui se regarde dans le miroir le matin.

Cependant, la mode et la coiffure impliquent également la couleur et l’extravagance… et dans ce cas, le noir et blanc ne convient souvent pas au projet à réaliser. Je suis donc également très à l’aise avec le traitement couleur, qui m’est souvent demandé pour les commandes de clients professionnels. Mais pour mes projets personnels, je me tourne naturellement vers le noir et blanc, car cela va à l’essentiel, sans artifice, et pour l’ambiance brute, sobre et sensuelle qui en émane selon moi, et c’est d’ailleurs souvent pour cela que l’on fait appel à moi.

“La mode passe, le style reste”, comme le disait Yves Saint-Laurent. Il est néanmoins important de saisir de petites opportunités d’amélioration de ces tendances pour se renouveler. Après la période Covid, nous avons vu un essor des influenceurs qui a modifié les modes de communication des marques : proposer des visuels moins “professionnels” mais plus en phase avec la vie quotidienne. Cela a eu un impact sur les stratégies traditionnelles impliquant photographes, vidéastes et mannequins. Faire appel à un influenceur (et son éventuelle équipe) répondait aux attentes du public tout en étant moins coûteux. La tendance a quelque peu évolué, même si les contraintes économiques ont un impact significatif. On nous demande de plus en plus des clichés “lifestyle”, naturels, avec des sourires, et de travailler de moins en moins avec des mannequins, mais plutôt avec des influenceurs ou des clients “lambda”. À nous de nous adapter !

Nous arrivons également à un carrefour entre vintage et technologie. Le sentiment de “c’était mieux avant” refait surface dans tous les métiers artistiques, y compris la photographie, avec des teintes et ambiances très vintage. Certains entreprises (notamment dans l’automobile) vont même plus loin et n’hésitent pas à revenir à leurs origines en faisant évoluer leur logo, en reprenant les codes de celui d’origine. À l’inverse, nous assistons à une montée de l’IA qui s’est finalement imposée…

Cela a commencé par l’apparition de filtres sur certains réseaux sociaux, puis par l’émergence de petits outils de retouche gratuits sur les smartphones. De nombreuses personnes se sont auto-proclamées photographes, armées d’un smartphone de bonne qualité et d’une de ces applications. Cependant, être photographe ne se limite pas à appuyer sur un bouton pour déclencher et appliquer un lissage grossier. Les consciences commencent à s’éveiller, mais encore une fois, l’impact économique limite la marge de manœuvre des clients.

Cependant, il ne s’agit pas de se plaindre ou de critiquer ces pratiques… Au contraire, il faut prendre du recul, s’inspirer de ces tendances et travailler différemment pour répondre aux attentes, sans renoncer à ses principes.

Je ne crois pas que l’IA ait eu un impact majeur sur le papier… La photographie numérique s’en est déjà occupée depuis longtemps ! Pourtant, on se rend compte qu’avec 50000 photos sur un smartphone, on ne les consulte pas plus que l’album photo traditionnel que nos parents possédaient… On observe d’ailleurs un retour en force des appareils polaroids avec la petite photo “live” que l’on récupère et accroche au réfrigérateur. Concernant l’IA, nous avons vu l’émergence de modules spécifiques, notamment dans les logiciels de retouche. Comme pour de nombreux aspects, l’IA peut être bénéfique selon son utilisation et son ampleur.

L’IA et la retouche devraient servir la photographie et non l’inverse. L’IA ne remplacera pas l’humain ni sa perception, mais elle sera probablement d’une grande aide, surtout pour optimiser les routines de retouche, notamment lorsqu’il s’agit de produire une grande série d’images. L’IA n’est pas complètement nouvelle dans le domaine de la photographie de mode, mais il semble qu’il faille encore l’utiliser avec précaution pour éviter une robotisation du travail et du rendu, bien que l’on puisse constater de plus en plus de résultats impressionnants en termes de réalisme. Bien que j’aie une formation en informatique, je ne suis pas un ardent défenseur de l’IA, même si je reconnais qu’elle m’aide beaucoup à améliorer mes e-mails de prospection et de communication 🙂 “.

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