Société post-technologie et machine créée par l’homme : le décalage conceptuel est bien plus dangereux que le décalage économique et même technologique, dit le futurologue Sergei Pereslegin

Société post-technologie et machine créée par l'homme : le décalage conceptuel est bien plus dangereux que le décalage économique et même technologique, dit le futurologue Sergei Pereslegin

Sergei Borisovich Pereslegin est le directeur du Centre de connaissance économique de l’Institut international de gestion de problèmes de recherche scientifique,  et le directeur scientifique du groupe du projet « Réacteur de connaissance ». Spécialiste dans le domaine de la prévision et le modelage de l’avenir (psychohistoire).

Aujourd’hui nous parlons avec Sergey Pereslegin au sujet du Sixième (VIº) paradigme techno-économique :

Comment pouvez-vous définir le VIº paradigme techno-économique qui émerge ?

Nous pouvons appeler le VIº paradigme techno-économique, qui émerge en ce moment, le paradigme trans-industriel. Il est caractérisé par des robots, c’est-à-dire, la domination de l’intelligence artificielle dans la production et la production cumulative. Nous pouvons déjà dire que dans le VIº paradigme il existe deux approches techniques : (XIº) les robots modernes et (XIIº) les robots programmés avec des langues naturelles. Cette dernière approche suppose la formation commune des humains et des robots et la création de communautés de machines.

Ce paradigme techno-économique sert à la perfection les concepts de « globalisation », « marché mondial », « procès Bologne », c’est-à-dire qu’elle occupe une position de service, contrairement à d’autres paradigmes techno-économiques qui étaient dans une position de contrôle par rapport à toutes les autres manifestations de la civilisation.

La « formule » du VIº paradigme est la « robotique + production cumulative ». La robotique suppose la vaste utilisation de SIA-robots (Systèmes d’intelligence artificielle) dans les procès de production et de gestion, et aussi dans le transport, et enfin dans l’éducation et la cognition, et les robots ne sont pas fondamentalement des androïdes. Les SIA de transport sont non seulement et pas tant des systèmes de contrôle pour les voitures, trains, pipelines automatisés (sans personnel) : il s’agit essentiellement de drones qui sont des véhicules aériens non gardés pour un large éventail d’objectifs, même militaires.

Chaque paradigme technologique est caractérisé par ses propres organisations telles que tribales, voisinages, ethniques, nationaux et globaux. Les caractéristiques génériques du VIº paradigme sont des cycles de production clos.

Essentiellement, il s’agit d’une transition de la destruction de la nature, caractéristique de la production industrielle et de la conservation de la nature dans le modèle « écologique » du Vº paradigme, ver l’utilisation rationnelle de la nature. Une telle transition n’est pas de caractère critique, mais il ne faut pas oublier que l’économie environnementale entre en conflit avec l’intérêt de nombreux « écologistes » et en outre elle réclame des changements importants non seulement dans la législation, mais aussi dans la théorie économique et les modèles d’assurance.

Nous pouvons supposer quelque chose à propos du suivant VIIº paradigme. D’autant qu’il peut être jugé, il y a des SIA qui ne présentent plus les conditions du test de Turing, mais du critère de la méthode d’équilibre de limite, c’est-à-dire, qu’ils sont capables de créer de l’activité créative, en créant pas seulement du nouveau, mais aussi totalement différent. Le VIIº paradigme signifie des communautés post-technologie et machines créées par l’homme.

La numérisation de l’économie et la robotisation de la production sont caractérisés par l’émergence de nouvelles professions et la disparition d’ancienne, ainsi que le chômage qui lui est relié. Que pouvez-vous dire à propos de ceci ?

Il semble sensé de parler de deux versions de ce chômage actuellement.

Au début les chinois ont créé des « robots absurdes ». L’opinion des ingénieurs de Tianxia est que les « robots conducteurs doivent avoir des chevaux plutôt que de l’intelligence humaine ». Les « robots absurdes » sont simples, sans défauts. Ils ne commettent pas d’erreurs. Ils ne se fatiguent pas, ne perdent pas leur concentration, et n’abîment pas l’équipement. Ils ont déjà commencé le procès de forcer à sortir les travailleurs non qualifiés de la production.

D’autre part, il y a les « robots intelligents », européens, américains, coréens, et japonais dans une certaine mesure. Ces robots et, tout d’abord, leur logiciel sont sophistiqués et chers, mais ils peuvent faire presque tout.

Ils dansent, chantent, écrivent des articles et des traités philosophiques, donnent des cours et gèrent les finances en ce moment. Ils ont plein d’avantages par-dessus les spécialistes très qualifiés ; ils ne se fatiguent pas, ne commettent pas d’erreurs, n’acceptent pas de pot-de-vin, ils satisfont la loi et les conditions régulatrices de la loi. Les « robots intelligents » ont remplacé l’homme dans le service légal de la Caisse d’épargne en Russie. Qui les empêchera de remplacer les Gref ?

La caractéristique suivante importante du paradigme est la vaste utilisation de technologies cumulatives. Cette terminologie est bien établie, mais trompeuse. « Cumulative », il s’agit aussi de technologies représentées « qui ajoutent », « qui croissent » et la base de l’agriculture, y compris la mariculture. Si nous disons que la production signifie fabrication, alors il s’agit par exemple de la croissance des cristaux comme base de composition de la micro et de la nanoélectronique.

La transition de l’impression 3D à la reproduction quantique est inévitable dans la logique de la prédiction. Nous sommes ici en train de parler de la généralisation du concept d’hologramme. Un hologramme reproduit les propriétés de l’objet optique. Nous devrions parler ici à propos de comment reproduire ses autres propriétés – solidité, élasticité, champ électromagnétique, etc. Nous devons apprendre à reproduire la structure d’un objet au niveau atomique pour faire ceci. Il est probable que nous puissions effectuer cette machine à reproduire en utilisant un générateur de micro-ondes de radiation cohérente qui s’agit d’un laser gamma avec une longueur d’onde de centaines de nanomètres.

Sans parler sur le fait que ce laser est une arme puissante, la création de machines à reproduire qui reproduisent la structure atomique d’un objet engendre un grand nombre de problèmes, en commençant au moins avec l’effondrement de tout le marché de pierres précieuses, antiquités, les tableaux des anciens maîtres…

Ces problèmes peuvent s’associer d’une forme très simplifiée avec le droit d’auteur parce que les machines à reproduire copieront des objets matériels, tout comme les ordinateurs modernes copient les fichiers de texte, audio et vidéo avec une seule ordre. Ceci conduira à une révolte sociale ; même si les machines à reproduire ne reproduiront pas les personnes, il n’est pas complètement clair que nous puissions les en empêcher.

Il pourrait sembler qu’un reproducteur quantique est une « fiction », très lointaine dans le futur. Cependant, tout d’abord, soit les technologies cumulatives atteindront ces niveaux, ou bien on n’en aura plus besoin, et en deuxième lieu, les « reproducteurs » apparaissent excessivement dans l’analyse prédictive de la physique des médias mésoscopiques, mécanochimie, microscope à sonde ; il semblerait qu’il attrait le développement naturel de la nanotechnologie et nous avons déjà couvert une grande partie du trajet vers lui.

Comment sont reliés la globalisation et la crise globale de l’ordre mondial ?

Le post-industrialisme a causé la globalisation. Le refus du Vº paradigme technologique se transforma en crise globale de l’ordre mondial. Cette crise fut causée par la complexité et hétérogénéité du monde, la croissance des coûts de globalisation à la fois monétaires et non-monétaires (terrorisme, anthropique). Elle émergea comme un régime de pénalisation, en remettant en question les deux pierres angulaires de l’économie globale, la division globale du travail qui correspond à l’opportunité d’acheter ce qu’un territoire ne peut pas fabriquer ; et la confiance envers le système bancaire international qui correspond à la confiance de la sécurité des fonds retirés au-delà de la juridiction nationale.

Il est évident que le VIº paradigme n’implique pas le retour du monde à l’état précédent la globalisation, qui était l’époque des États-nations. Aujourd’hui il y a lieu à parler de « concurrence de projets post-globaux » entre lesquels il y a quatre versions principales.

Tout d’abord, la globalisation est une transition d’un seul ordre mondial global à un monde multilocal, divisé en segments avec ses « protecteurs », ses devises, ses marchés. La globalisation est la conception de macrorégions et il y a un programme pour développer des « règles de jeux » séparées pour chacune de ces macrorégions. Il paraît une tâche de gestion difficile de trouver un équilibre quand les macrorégions seront suffisamment grandes mais pas suffisamment complexes et divers.

Puis nous avons le colonialisme écologique et l’économie écologique, l’« approche écologique », la division des pays en destinataires et payeurs à louer écologiquement. À notre connaissance, l’Union européenne est seulement intéressée en cette version du monde post-global. Comme ni les États-Unis, ni la Chine, ni la Russie vont suivre ceci et que l’Union européenne n’a pas l’opportunité d’imposer ses idées sur un monde post-global, nous pouvons supposer que la mise en œuvre du concept de la globalisation écologique sera difficilement mis en pratique.

Le capitalisme des infrastructures présuppose une combinaison d’états nationaux souverains et supranationaux, infrastructures « mondiales », « globales », y compris les modernes (Internet, communications globales, navigation globale, information globale, centre de données) et les avancées. Il y a un développement prudent de cette approche ; son avantage est une bonne interface avec les formats qui émergent de l’organisation du VIº paradigme.

Comment prédisez-vous le développement du monde post-global ?

Cosmo-colonialisme, cosmopolitisme, cosmo-économie, cosmo-culturalisme… « le post-globalisme » apparaît dans ceux-ci dans sa forme la plus puissante : post-global signifie « hors de notre planète ».

La globalisation profite de l’échelle de la planète.

Il est impossible de résoudre les problèmes du monde au niveau de la Terre ; nous devons aller au suivant niveau, ce qui correspond à l’espace. Il est peu probable que nous pussions plier cette version marginale du monde post-global, mais au moins Elon Mask a développé son important potentiel média.

Quand nous discutons sur les options de la post-globalisation, il faut tenir en compte qu’une transition relativement tranquille du monde des États-nations au monde post-global fut réussie lors de la séparation de l’USSR de l”Europe de l’est ; autrement dit, les perdants de la guerre froide ont « payé » cette transition.

La transition à un monde post-global devra être payée séparément et, à ma connaissance, il y a un accord général implicite de le faire aux dépens de l’Union européenne. Il y a toujours des options possibles et la post-globalisation pourra s’avérer être la cause, ou bien une raison pour de nombreux conflits militaires.

La numérisation bat son plein et il semble que ce procès est largement organisé par lui-même. Comment envisagez-vous le développement de ce procès ?

Les « chiffres » sont les caractéristiques importantes du VIº paradigme ; nous parlons ici non seulement de l’économie numérique et des finances électroniques, mais aussi de la « loi numérique » et peut-être de la « science numérique ».

La science numérique implique le chômage en masse des scientifiques, c’est-à-dire d’individus qui tout d’abord se considèrent des personnes de bien, et en deuxième lieu, qui ont investi toute leur vie à leur éducation. C’est aussi l’effondrement du système éducatif existant (Bologne). En ce qui concerne la « loi numérique », il y a plus d’avocats que de spécialistes et évidemment ils sont les piliers de la société

Ce n’est même pas le plus grand problème dans ce cas. Il y a des situations possibles et qui existent de nos jours déjà : les SIA de stationnement signent des accords avec les SIA de voitures sans la partition humaine. Il est évident que ce genre de transaction croîtra comme une boule de neige. Nous devrons ou bien appliquer l’état d’un individu et du sujet d’une loi, une personne, ayant droit à avoir des relations légales avec le SIA, ou bien accepter que le droit perde de la subjectivité et il devrait être vu comme un groupe de restrictions imposé aux relations entre les objets. Les deux options sont révolutionnaires et apparemment difficiles à accepter…

L’installation du VIº paradigme sera accompagnée d’une transition à un nouveau format d’administration qui s’agit du contrôle réflexif. Nous pouvons espérer que ceci limite les risques que nous avons remarqué jusqu’à un certain point mais, en règle générale, les changements dans le modèle de gestion sont par elles-mêmes de nature critique et un augment de l’instabilité politique, économique et sociale qui les accompagne.

Comment les passagers observables sont associés avec une crise de capital ?

La crise de capital est le facteur le plus important qui détermine le besoin d’installer un nouveau mode de production.

Nous pouvons comprendre le capital selon Karl Marx comme la valeur en hausse par elle-même, le potentiel de l’argent de produire de l’argent nouveau. Une approche thermodynamique est appropriée quand nous considérons le capital comme l’énergie libre de l’actif, l’habilité des actifs à travailler dans le monde en transformation.

La formule de Marx « argent – commodité – argent » est une simplification brute des conditions modernes. En effet, le capital comme l’énergie libre des actifs transforme le monde de telle forme que d’autres actifs nécessaires et plus importants sont possibles dans le monde transformé.

La formule « argent – le monde – biens/services – le monde – argent » marche. Ainsi, le capital est intéressé par le développement ; le développement est le procès de transition d’un monde à un autre monde, la création d’un monde modifié. Ceci détermine l’intérêt du capital de créer de nouveaux moyens de production comme la base pour la mise en œuvre de projets globaux et macrorégionaux.

Le capital est aussi intéressé par une société avec un désordre social bas, parce que nous comprenons le désordre social comme une mesure de lier les actifs à une société mal organisée.

La société avec un désordre bas est caractérisée par une grande diversité (haute qualité de vie) et le développement du procès d’auto-organisation. Ceci contredit la logique de la globalisation avec son envie d’unification et de standardisation, ainsi la globalisation mène à une crise de capital, et le capital cherche à son tour à détruire le régime de globalisation.

En outre, le capital a besoin de développement, marchés, diversité, auto-organisation, production, au lieu de cycles parasites.

Les principales causes de la crise de capital sont les suivantes :

  • épuisement pratique de l’espace libre de la planète avec l’impossibilité d’explorer des espaces efficaces à niveau commercial (à l’exception de l’espace proche à la terre). Nous parlons de la disparition des frontières de la civilisation, de la surface de civilisation libre, de territoires extérieurs qui ne sont pas couverts par le système dominant d’activités. L’épuisement de l’espace libre prive le capital de la possibilité de développement large au moyen de l’exploitation de nouveaux territoires ;
  • la normative de la société moderne et la sur-régulation légale qui réduit dramatiquement le rythme de développement et arrête un nombre d’opportunités pour le développement de procès d’auto-organisation. Le ralentissement du développement empêche le capital de la possibilité de développement intensive à travers la transformation du monde ;
  • le régime de globalisation réduit la diversité et empêche le capital des opportunités de développement à travers de procès transfrontaliers ;
  • le ralentissement de la rénovation des immobilisations, la production signifie obsolescence physique et morale tout d’abord dans le champ énergétique, empêche le capital des opportunités de développement à travers de la mise en œuvre de macro-projets. Il y a la détérioration du problème dû à la manque d’« argent à long terme » dans le système financier global moderne capable d’entretenir ces projets, ainsi que dû à la surproduction catastrophique d’« argent à court terme » qui n’est pas sécurisé par des actifs réels et qui a besoin d’une circulation très rapide et spéculative ;
  • l’expansion de l’activité d’imitation (emballage, marketing, marque, produits de secteurs créatifs, secteur d’impressions, etc.) au détriment des activités de production. Ceci mène à une diversité illusoire au lieu de significative et augmente indirectement le désordre social.

La crise de capital se manifeste tout d’abord quand le taux de bénéfice diminue dans tous les types d’affaires, à l’exception des spéculatifs, et en outre mène à ce que les investissements tombent du secteur réel de l’économie. Ce procès se manifeste indirectement dans le changement du contenu éducatif, où il y a une transition de la connaissance et des aptitudes à la mise à disposition de services éducatifs. La reproduction du personnel habilité est graduellement perturbé, même dans la science.

En ce moment, l’expansion du « secteur créatif » et de l’« économie de service », la réduction des coûts en impliquant dans le travail des migrants illégaux, et l’absorption des économies mondiales de l’Europe de l’Est qui sont détruites, répriment les effets négatifs. Ces opportunités furent épuisées vers la fins des années 2000, ce qui mena à la « crise hypothécaire » de 2008.

La sortie de la crise était impossible dans le cadre du Vº paradigme techno-économique, ce qui provoqua une exacerbation tranchante de la situation de la politique étrangère en 2013-2014, l’été de 2014 « alarme militaire », le « régime de pénalisations », la crise de globalisation, et le « consensus mondial » sur les moyens de nouvelle production.

Alors que nous analysons la situation au niveau « mondial », il faut payer attention à l’augment des contradictions à trois niveaux de considération en même temps :

  • politique-économique ;
  • entre les états ;
  • entre les états et les corporations ;
  • entre les corporations ;
  • entre dominant, sous-dominant et non-dominant
  • entre le pouvoir législatif et exécutif dans une crise de pouvoir judiciaire
  • entre les élites et la population (« droite » et « gauche ») ;
  • entre les individus locaux et les migrants
  • ontologique
  • culturel
  • spécifique (entre les humains et les trans-humanoïdes, la séparation de l’humanité)

 Votre prédiction pour le futur

Il faut d’abord corriger un décalage conceptuel critique au niveau des « pays ». Le pays devrait être redéfinit selon les nouvelles conditions : « Qui suis-je ? », « Que fais-je ? », « Où vais-je (Quel avenir me semble acceptable) ? », « Pourquoi suis-je ? », « Quels sont les fondements de la civilisation, spirituels, culturels ou au moins idéologiques ». Ce décalage conceptuel est bien plus dangereux que le décalage économique et même technologique.

Un tel augment de contradictions dans l’absence de techniques raisonnables de travail avec elles mène à des risques élevés permanents militaires, et ceci peut être une cause pour des guerres classiques entre des états grands en utilisant tous les moyens de guerre, et les guerres de procuration dirigées par des intermédiaires et qui ne proportionnent pas des attaques directes sur les métropoles des parties en conflit.

Ainsi, nous prévoyons une série de conflits de procuration autour de l’« arc d’instabilité », allant d’Australasie vers la mer de l’Est de la Chine, le Tibet, le Moyen-Orient, la Péninsule Arabique au Sud de l’Afrique de l’Ouest.

Entretien : Ivan Stepanyan

L’entretien a utilisé des matériaux proportionnés par la RAS Institut de stratégies économiques.

Read more: Science moderne et ingénierie avec Ivan Stepanyan ...