Les recherches de l’Université Grenoble Alpes révèlent des différences dans l’organisation globale du réseau cognitif entre les individus gauchers et droitiers

Environ 90% des individus sont droitiers. Qu’en est-il des individus gauchers ? Leur fonctionnement neurocognitif est-il différent ? Ont-ils les mêmes performances ? En s’intéressant aux interactions entre différentes fonctions cognitives, l’étude menée au Laboratoire de psychologie et neurocognition (LPNC – CNRS/UGA/USMB) et publiée dans la revue Scientific Reports, montre des différences au niveau de l’organisation du réseau cognitif chez des jeunes adultes en fonction de leur préférence manuelle, c’est-à-dire de la main utilisée pour écrire, se brosser les dents, etc., mais aucune différence au niveau des performances de langage, mémoire ou fonctions exécutives.

Afin d’évaluer de manière approfondie la cognition de jeunes adultes gauchers et droitiers, les chercheuses ont demandé aux participants de réaliser un éventail de tâches cognitives évaluant plusieurs aspects du langage, de la mémoire, et d’autres fonctions de plus haut niveau telles que les fonctions exécutives (inhibition, mémoire de travail, flexibilité, attention) et la théorie de l’esprit (capacité à comprendre que les pensées et croyances d’autres individus peuvent être différentes des nôtres).

Les résultats ont révélé une absence de différence au niveau de performances cognitives en fonction de la latéralité manuelle. Autrement dit, les droitiers et les gauchers réalisaient aussi bien chaque épreuve cognitive.

Pour aller plus loin, l’équipe de recherche s’est intéressée plus particulièrement aux interactions entre les différents domaines cognitifs. Pour ce faire, une approche mathématique a été utilisée – la théorie des graphes – qui permet de représenter la cognition par un réseau complexe composé de nœuds (représentant les fonctions cognitives) et d’arêtes (représentant les connexions ou liens entre ces fonctions). Cette approche permet ainsi d’étudier la cognition humaine dans son ensemble et de la concevoir, non plus comme constituée de fonctions isolées les unes des autres, mais de façon intégrative comme un vaste réseau dans lequel les différentes habiletés cognitives interagissent.

Les résultats révèlent des différences dans l’organisation globale du réseau cognitif entre les individus gauchers et droitiers, mettant en lumière des différences dans les interactions cognitives. La manière dont les fonctions cognitives sont connectées varie en fonction de la latéralité manuelle (préférence manuelle droite ou gauche). Ainsi, même lorsque les performances étaient comparables, les gauchers et les droitiers présentaient une configuration distincte du réseau cognitif, suggérant une organisation cérébrale et cognitive spécifique. Plus particulièrement, les fonctions les plus centrales différaient au sein des réseaux cognitifs (i.e., sémantique et flexibilité cognitive pour les gauchers ; syntaxe et prosodie pour les droitiers). Cette relation entre la préférence manuelle et l’organisation de la cognition laisse entrevoir un lien entre le comportement moteur et la structuration de la cognition dans son ensemble, et témoigne finalement que les mêmes performances cognitives peuvent résulter d’un fonctionnement cognitif différent.

Au-delà de ces constats, cette étude met en lumière l’importance d’adopter une perspective intégrative dans l’étude de la cognition, la considérant comme un réseau dynamique à partir duquel émergent les comportements et les performances. Étudier le réseau cognitif présente un intérêt majeur pour envisager des programmes de remédiation cognitive individualisées. En identifiant la place de chaque fonction au sein du réseau et leurs interactions spécifiques, nous pourrions envisager de définir des programmes d’entraînement et d’apprentissage adaptés en fonction des caractéristiques individuelles, telles que la latéralité manuelle.

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