Le systèmes d’éducation français étaient plus élitistes, mais aujourd’hui, c’est plus ouvert: un maximum d’élèves offre plus de potentiels, a dit le proviseur du lycée Comte de Foix (Andorre), Daniel Raynal

Le proviseur du lycée Comte de Foix (Andorre), Daniel Raynal, a parlé pour all-andorra.com des tendances de développement du système d’éducation français:

En général, qu’est-ce que vous pourriez dire sur les nouvelles tendances de développement du système d’éducation secondaire français?

Le système d’éducation français en général est en pleine évolution. En fait, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a demande un rapport sur le baccalauréat. Donc, dans quelques jours, on aura une réforme du baccalauréat français avec un nouveau système de fonctionnement. L’idée est de permettre de décharger le mois de juin qui est tout bloqué par les examens avec une douzaine d’épreuves écrites et orales. On voudrait que les élèves passent les examens pendant toute l’année – ce sera plus allégé. Une nouvelle grande épreuve – orale – serait passée pour les élèves au mois de juin.

C’est une réforme importante parce que le baccalauréat en France est un monument depuis 200 ans et il est donc très difficile d’y toucher.

Quels sont les derniers changements?

La réforme du baccalauréat implique la réforme des programmes du lycée – de la première, de la seconde et de la terminale pour permettre de passer le premier baccalauréat en 2021. Aujourd’hui, dans le baccalauréat français, il y a une filière générale avec trois directions – littéraire (L), scientifique (S) et économique et social (ES). Tout ça va disparaître pour faire un enseignement modulaire. Un élève va choisir la discipline sur laquelle il souhaite se concentrer pour la travailler un peu plus.

Si on parle de l’enseignement secondaire en Europe en général, quel type de système vous trouvez le plus fort?

J’ai travaillé à l’étranger au cours des 10 dernières années – j’ai été en Italie, en Pologne… Donc j’ai rencontré d’autres systèmes éducatifs. Je crois que tous les systèmes éducatifs fonctionnent sur les mêmes points  – sur les objectifs de l’éducation. Par contre, on observe des disparités fortes en Italie, par exemple, les meilleurs élèves vont jusqu’en terminale. En France les matière scientifiques sont les matières les plus fortes. En Pologne, ce  n’est pas du tout démocratique et le système est beaucoup plus élitiste pour rentrer dans un lycée. Il y a un concours et les élèves sont triés.

En Europe, il y a une diversité de systèmes éducatifs et chacun a des points forts et des points faibles.

Le système français a des disciplines importantes qui ne le sont pas en Angleterre ou en Allemagne. Ce que j’ai appris de mes expériences étrangères est qu’il existe une diversité de systèmes. Chacun a ses qualités particulières qui correspond à l’histoire du pays.

Quels sont les principaux avantages et inconvénients du système français?

Le système d’éducation français motive les étudiants à réfléchir. C’est vraiment très important et c’est la force du système. Nos élèves sont habitués à penser, à réfléchir, à exposer. On travaille beaucoup sur l’exposé aujourd’hui et développer un peu plus l’expression orale. Auparavant, la formation française a été construite sur les dissertations, sur l’expression écrite avec les thèses, les antithèses, les élèves ont été formés pour argumenter, ils étaient très organisés dans leurs pensées.

Aujourd’hui, on propose des problèmes aux élèves pour qu’ils y apportent des solutions orales. C’est très important dans le monde d’aujourd’hui de rencontrer des questions pour pouvoir y réfléchir et y donner des solutions.

Il y a quelques temps, nos systèmes étaient plus élitistes. Auparavant, les élèves étaient triés. Aujourd’hui, c’est un peu plus ouvert. Un maximum d’élèves offre plus de potentiels.

Pourquoi tous les mercredis les étudiants finissent-ils leurs études à 12 heures?

C’est parce que dans la spécificité du système français, les enseignants peuvent organiser les activités sportives scolaires. Chaque mercredi, les élèves du lycée Comte de Foix vont en France pour faire des rencontres de ski, de rugby, de volley, de triathlon. On travaille avec le département de l’Ariège principalement et l’académie de Toulouse. Le mercredi après-midi est consacré au sport scolaire. On attache une grande attention au sport scolaire et c’est uniquement dans le système français.

Quand j’étais étudiant c’était le jeudi.

Pour les universités, ce n’est pas pareil. Ça change parce que  les universitaires ont un calendrier un peu plus large, les étudiants sont plus âgés, plus autonomes, il font du sport le soir.

Combien de sujets d’étude les élèves du lycée ont-ils? Y a-t-il de nouveaux sujets d’étude obligatoires?

On reste toujours sur le même chemin. La différence est que l’on étudie les disciplines en fonction des filières. Si on choisit la filière scientifique, on a beaucoup plus de sciences ; si c’est une filière économique – plus d’économie, si c’est une filière littéraire – on fait beaucoup de philosophie et un peu de mathématiques. Tous les sujets sont travaillés et prennent plus d’importance en fonction de la filière choisie.

Selon les statistiques, combien de diplômés du lycée vont en France pour continuer leurs études?

75% ou trois élèves sur quatre.

Quelles sont ses universités et quelles sont les disciplines?

Principalement, ce sont les universités de Toulouse avec des matières scientifiques et de droit, ainsi que médecine. Il y en a un peu qui vont à Perpignan. STAPS à Font-Romeu est aussi très populaire parmi nos étudiants.

Combien d’étudiants y a-t-il au lycée? Au cours des dernières années, le nombre d’étudiants a-t-il augmenté?

Cette année, on a à peu près 1500 élèves. On annonce une forte augmentation du nombre d’élèves. Nous pouvons prévoir qu’on sera 1700 à 1800 élèves dans un avenir de 4 à 5 ans. C’est énorme.

Combien de professeurs y a-t-il au lycée?

Il y a 165 professeurs.

Quelle est la qualification des professeurs? Après quelle université on peut devenir un professeur de lycée?

En France, pour devenir enseignant, il faut faire une licence, un master et être intégré dans une école du professorat. Les enseignants sont tous diplômés avec au moins un BAC plus 5. Il y a un concours une fois par an et on peut travailler tout le temps sans avoir besoin de repasser les examens.

Vous êtes le nouveau proviseur du lycée. Prévoyez-vous des innovations dans l’établissement?

Je ne peux pas parler d’innovations ; la marge d’autonomie est réduite. Ce que je m’applique à faire, c’est faire venir de nouveaux élèves et bien sûr mettre en place la réforme du lycée qui va commencer cette année pour le BAC en 2021.

Qu’est-ce que vous pouvez dire sur le niveau des élèves qui arrivent au lycée?

Le niveau général des élèves du lycée est très bon. C’est prouvé par les textes et les examens. Ce que je trouve vraiment intéressant ici c’est qu’on traite toutes les générations d’élèves – l’enseignement général ainsi que l’enseignement professionnel. C’est une force du lycée Comte de Foix.

Quel est le bilan de financement du lycée?

Nous avons les subventions françaises, elles sont stables. On n’a pas de problèmes avec le financement pour les lycées français à l’étranger.

Ma question suivante est sur les cours du soir gratuits pour les adultes. Il y a deux ans, le nombre d’heures de cours a été réduit: une heure et demie au lieu de 2 heures. N’est-il pas prévu de retrouver le nombre d’heures?

Cela n’a rien à voir avec le lycée. Le lycée met à la disposition de l’état andorran des cours de français gratuits pour les adultes. Par contre, le cours est financé par l’état andorran. Auparavant, il y avait une subvention de  la région Languedoc-Roussillon. Les régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ont été fusionnées il y a 2-3 ans. Le financement a été arrêté.

Aujourd’hui, le financement des cours n’est supporté que par le gouvernement andorran. Donc le nombre d’heures de cours a été réduit. Le gouvernement andorran est très intéressé, il n’y a pas de projet pour fermer ces cours. Par contre, il y a des plans pour les développer, ils marchent bien. Il y a une grosse demande. Ces cours sont comme un tremplin pour des personnes qui ont besoin d’apprendre le français pour leurs études ou leur travail.

Le gouvernement d’Andorre souhaiterait que la nouvelle région Occitanie aide, la discussion est en cours. C’est une question politique.

Pourriez-vous nommer quelques noms de diplômés de lycée devenus célèbres?

Dans la population locale andorrane, il y a beaucoup de personnes qui sont d’anciens élèves du lycée. Le ministre de l’Éducation andorran, par exemple, ou le maire d’Ordino ou de Canillo.

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