L’alpinisme – c’est plus que de la passion, c’est vraiment une manière de vivre, a dit montagnard andorran Domènec Trastoy

Domènec Trastoy, montagnard andorran âgé de 37 ans, parle couramment l’espagnol et le français, à côté de son catalan maternel. L’alpinisme pour lui – c’est plus que de la passion. Il a expliqué à all-andorra.com pourquoi l’alpinisme occupe une partie importante de sa vie.

L’interview: Irina Rybalchenko

L’alpinisme – c’est un sport? Une passion? Une compétition avec vous-même? Une curiosité?

C’est tout ensemble! C’est un sport car il y a une préparation physique sérieuse. C’est une curiosité car c’est une option pour connaître des montagnes de plus de 8000 m sur la planète ou presque personne ne peut monter et pour savoir les limites de son corps. C’est vrai que je ne connais pas encore les limites de mon corps et jusqu’où je peux arriver. Et c’est plus que de la passion, c’est quelque chose dont j’ai besoin et que j’aime. C’est vraiment une manière de vivre ma vie.

Quelle est votre motivation intrinsèque et extrinsèque? Pourquoi?

Pourquoi ? Je ne sais pas… Ce qui me motive c’est repousser mes limites. Je regarde la montagne et si elle me plaît, j’y vais. Habituellement, ce sont les sommets les plus extrêmes qui m’attirent- par rapport au froid, la fatigue, l’altitude, les efforts. Et ceux qui sont plus techniques. Seulement quelques sommets me donnent le bonheur. Chaque année, entre février et mars, nous étudions les plus hauts sommets de chaque continent. Et je fais mon choix…

Mais vous dites “nous” – c’est votre équipe?  Combien de personnes participent habituellement à l’expédition?

Non, c’est moi et l’agence que je prends pour arriver jusqu’au camp de base au regard de la logistique.

Je monte très bien, je m’adapte bien à l’altitude. Mais aller sur les 8000 tout seul c’est un peu trop… Normalement les gens se regroupent à 50-70 personnes. Je n’ai pas beaucoup d’expérience. Mais je peux dire que chaque personne a son rythme, sa technique, sa vitesse, ce qui est très important dans la montagne. Moi je monte beaucoup plus vite que la majorité des personnes regroupées. Si tu pars avec quelqu’un, tu es responsable. Si j’avais mon copain en montagne et je ne pourrais pas l’aider – ce serait une vraie catastrophe pour moi. Donc je préfère partir tout seul.

Mais au camp de base, nous nous regroupons. Je rencontre souvent des Français, des Espagnols, des Catalans, des Russes, des Polonais… Les Européens de l’est sont très forts, c’est vrai.

L’alpinisme est-il une question de génétique? Y avait-il des alpinistes dans votre famille?

Non, personne ne monte en montagne dans ma famille. Les membres de ma famille peuvent aller chercher des champignons ou aller se promener au lac d’Engolasters au maximum!

J’aime les montagnes, je me sens à l’aise dans les montagnes. J’ai fait le Makalu pendant 20 jours quand normalement on le fait en un mois et demi. Mon corps se sent bien en altitude.

Comment saviez-vous que vous vouliez faire de l’alpinisme?

Plus tôt, avec mes amis chaque été, pendant 5 ou 6 ans, nous sommes partis à Ibiza, à la plage. Et une fois mon copain m’a dit: “Pourquoi ne pas aller au Mont Blanc?”. Moi, j’aime toujours les idées folles. Ça me remplit de joie. Et sans aucune expérience, nous avons commencé à nous préparer. Sans prendre des personnes professionnelles, nous sommes allés au Rocodrome pour pratiquer l’escalade. Nous avons pensé que ça nous aiderait pour monter au Mont Blanc! Nous étions 4 copains et avions 23-24 ans. Je n’ai jamais eu de tenue de ski. J’ai acheté des bottes, des crampons, des piolets… Je ne savais pas comment s’en servir! Mais je ne sais pas pourquoi nous avons gravi le Mont Blanc – tous les quatre. Aujourd’hui, je comprends qu’on a eu de la chance.

Mais à partir de là, mon chemin a commencé. J’ai vu beaucoup de paysages spectaculaires. Ça m’a plu.

Vous connaissez les sentiments de peur et de doute de soi?

Bien sûr, il y a des situations différentes en montagne. Mais je ne connais pas le sentiment de peur en tant que tel.

En ce qui concerne les doutes – je peux en avoir à cause du mauvais temps, par exemple. En cas de doute, je fais demi-tour, j’attends un, deux ou trois jours et quand le temps s’améliore, je continue.

Vous avez conquis les plus hauts sommets de la planète – l’Everest, le Cho Oyu, le Makalu. Qu’est-ce qui se passe? Quelles sont les émotions quand on a plus de 8000 m sous ses pieds?

En très haute altitude, tout se passe très lentement. Tu montes doucement, tu penses doucement. Au sommet, tu n’y restes pas plus de 10 minutes – seulement pour préparer le drapeau et faire quelques photos.

Et puis il y a une descente. Il faut habituellement 3-4 jours. Mais selon les statistiques, la plupart des accidents se produisent pendant la descente – en raison de la fatigue, de l’attention affaiblie, etc. Par conséquent, pendant la descente, il faut être particulièrement attentif.

Qu’est-ce que vous pourriez dire sur la préparation mentale et physique?  Combien de temps faut-il pour bien se préparer?

La formation mentale n’est rien d’autre que l’envie de monter.

En ce qui concerne l’entraînement physique, je me prépare tous les jours. Si je ne peux pas m’entraîner, si je ne fais pas de ski de randonnée, de l’escalade, si je ne pars pas avec mon vélo, je ne peux pas bien dormir la nuit. C’est une sensation un peu angoissante. Je suis malade sans le sport, c’est une partie importante de ma vie. Chaque jour, je fais une heure de sport au minimum. De plus je vais au gymnase – quand tu as un haut niveau tu as besoin de suivre des cours de musculation etc. Mais honnêtement, je n’aime pas trop aller au gymnase. J’aime beaucoup plus faire du sport à l’extérieur.

Qu’est-ce qu’il faut prendre en montagne en premier lieu?

En plus de l’équipement, l’eau est très importante. Pour que le corps soit normalement acclimaté, on doit boire un minimum de 4 litres d’eau chaque jour. En ce qui concerne la nourriture – à la base je mange ce que j’aime: le jambon, le fromage, la soupe, les fruits.

Combien pèse votre sac à dos?

Environ 20-30 kg. Ce n’est pas une promenade alors. Pas du tout!

J’ai vu le film sur votre expédition à l’Everest. Il y avait quelques moments spirituels. Vous pourriez en parler?

Vous avez vu le lama et les bouddhistes. Ils ont fait un rituel religieux. Cela arrive toujours la veille de l’ascension. Les alpinistes demandent la permission de monter. Je respecte ça, mais je n’y crois pas vraiment. Ce que je crois, ce sont mes propres forces. Bien que la réussite dépende de la météo aussi.

Quels sont les projets pour l’année prochaine?

Je vais faire une ascension dans l’Himalaya -je n’ai pas encore décidé où exactement. Jusqu’à ce moment-là, je participerai à différentes courses. Ici, en Andorre, je vais faire la Skimo 10. Après je vais faire la Pierra Menta… J’ai beaucoup de projets.

De quoi rêvez-vous?

Comme toute les personnes normales, je rêve d’avoir une famille et de pouvoir faire tout ce que j’aime…

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